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CHANGEMENT SOCIAL ET DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE


Seydou Keïta, Doctorant en Anthropologie du Changement Social et du Développement (ISFRA),



Assistant de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST),



Chargé de cours à l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux (INFTS),



03 BP 62, Bamako 03 ; Tél. (223) 221 90 85, (223) 638 92 55,


Email : seydml@yahoo.fr ou seydouster@gmail.com    

 Avertissement 


Ces cours d’Anthropologie du développement sont destinés uniquement aux étudiants de la 2ème année, option Développement Social de l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux conformément au programme officiel. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune édition, duplication ou tout autre procédé de multiplication et de divulgation sans l’avis du professeur.


 
 COURS N° 2

 
CHANGEMENT SOCIAL ET DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE
 

1. Les anthropologues et le développement


Dans les années 50, le développement était en grande partie dans les mains des ingénieurs. La question était alors : « de quelle taille doit être le trou dans la roche pour construire un bon barrage ? ». Puis les économistes ont fait leur apparition dans les années 60, surtout comme comptables : « nous ne pouvons nous offrir le luxe d’être indifférents au prix de tout cela » disaient- ils. En profitant de ce point de vue, ils ont pris en charge le développement et depuis lors, ils n’ont pas perdu le contrôle, élargissant leur pouvoir jusqu’à inclure l’idéologie du développement elle-même.

Les anthropologues et d’autres professionnels y sont rentrés par la suite, en considérant le développement comme un processus social contrôlé d’une manière hégémonique par les économistes. De façon à être efficace dans les milieux politiques, les anthropologues ont dû apprendre un jargon économique, c’est à dire la capacité de parler et d’écrire comme un économiste en l’absence de formation en sciences économiques. Beaucoup d’entre eux étaient incapables ou ne voulaient pas le faire. Mais ils ont été amenés à participer du développement parce que les dimensions humaines du désastre colonial et post –colonial s’étendaient et devenait apparentes à un tel point qu’elles nécessitaient réparation. Les contradictions du développement se situaient entre la bureaucratie et les individus. La vie des gens ordinaires a été depuis longtemps foulée aux pieds par les recettes de la planification bureaucratique qui ne pouvait pas s’adapter à leurs intérêts et à leurs pratiques. Dans une ambiance néo-libérale, cette observation pourrait être assimilée à une critique de l’Etat, le cœur de l’ordre bureaucratique. Les Etats ont donc été souvent contournés comme corrompus et inefficaces, leurs places ont été prises par les grandes entreprises et les Organisations non Gouvernementales (ONG). Mais les ONG sont soumises par des impératifs bureaucratiques plus forts même que de nombreuses agences étatiques, parce qu’elles dépendent de l’opinion publique de leur pays d’origine. Ainsi, les bureaucraties humanitaires sont toujours plus redevables envers leur direction qu’envers les besoins et les circonstances locales.

Les agences multilatérales qui ont pris aussi en charge la coordination du développement, sont entrain constamment de gérer la contradiction entre leur nature bureaucratique et leur désir de stimuler des initiatives de démocraties locales dont les élans sont inévitablement étouffés par des contrôles lointains.

L’attachement de la Banque Mondiale à des concepts comme le « secteur informel » et « capital social » atteste ce besoin de concilier l’inconciliable. Les anthropologues sont entrés en scène dans les années 60 et plus tard. Ils ont amené avec eux leur méthode de terrain, l’immersion sur une période relativement longue dans un groupe, leur idéologie d’aller vers les gens quels que soient les lieux où ils vivent, une hostilité générale envers les méthodes statistiques, les documents littéraires et toutes les techniques de la bureaucratie. On leur demandait, généralement en leur laissant un bref délai de réflexion et pour des périodes écourtées, de pallier la dimension humaine du développement comme complément au travail des économistes et des ingénieurs. Mais ils ont vite compris, qu’ils étaient au milieu d’une guerre entre la bureaucratie et la population. Trois positions d’offraient alors à eux : ils pouvaient informer la bureaucratie sur le dos des populations ; ils pouvaient prendre le parti de la population pour les aider à défendre leurs intérêts ; ou encore ils pouvaient essayer d’être des médiateurs, ou des interprètes entre la bureaucratie et la population. Cette dernière position était la plus en adéquation avec la tradition de l’anthropologie.

2. Les idéologies du développement



Les agents de développement qu’ils soient autochtones ou expatriés, lorsqu’ils interviennent dans les villages d’Afrique (c’est à dire sur le terrain) sont confrontés à une réalité majeure.  Les comportements et les réactions des populations auxquelles ils ont à faire ne sont pas ceux auxquels ils s’attendent. Pourtant, ces « développeurs » sont dotés d’une grande technicité. Il y a donc un décalage entre les attitudes attendues, les résultats attendus des populations cibles et les attitudes réelles, les résultats réels. Certains intervenants se sont empressés de donner des explications du genre : « ils sont retardés » ; « c’est leur culture qui veut ça », « c’est leur mentalité ». Mais les vraies explications sont ailleurs. 

Si les opérateurs de développement sont surpris par des résultats aux quels ils ne s’attendaient pas, l’explication tient à deux causes simples :

-         les praticiens du développement se font des images erronées des populations africaines, c’est la raison pour laquelle leurs attentes sont fausses ;
-         les logiques des « développeurs » ne sont pas celle des « développés ».

Nous mettrons ici l’accent sur la première cause c’est à dire les images fausses que se font les différents intervenants de la réalité. L’opérateur de développement en intervenant n’arrive pas sur un terrain vierge. Les réactions d’une population donnée par rapport à une intervention, à un projet de développement sont en partie structurées par la vision qu’elle se fait des intervenants, des agents de développement. Les populations sont partagées entre soupçon et espoir vis à vis des développeurs.

Les paysans gardent la mémoire vivace des opérations de développement antérieures qui se sont succédées dans leur zone. Ceci influence leurs réactions vis à vis d’opérations de développement ultérieures. Les représentations populaires relatives aux opérations de développement sont localisées et liées à des contextes spécifiques. Les représentations liées aux opérateurs de développement modèlent la conception ou la mise en œuvre des actions de développement, par leur orientation surtout au niveau des politiques de développement telles que : développement autocentré à la base, développement durable, la décentralisation, l’ajustement structurel, l’auto promotion à la base, développement endogène, le développement participatif. A n’en pas douter, ces politiques sont des idéologies explicites situées au niveau des développeurs. J.P.O. Sardan distingue méta-idéologie et infra – idéologie du développement.

Vu de près, il y a deux paradigmes (le paradigme est modèle théorique de pensée qui oriente la recherche et la réflexion scientifique) qui semblent légitimer l’ensemble des pratiques professionnelles des opérateurs de développement. Ce sont :

-         le développement a pour objet le bien des autres (paradigme altruiste). Dans ce cas le développement a une forte connotation morale,
-         le développement impliqué progrès technique et économique (paradigme modernisateur) là, on fait appel à la technicité.

Chaque intervenant dans le champ du développement pense qu’il œuvre pour le bien des populations (on peut bien penser à un expert du FMI ou de la banque Mondiale ou d’un opérateur d’ONG).

Les deux paradigmes cités plus haut relèvent de la méta-idéologie du développement. Le développement devient un marché où circulent des biens, des services, des carrières. « L’aide humanitaire est ainsi clairement devenue un « marché » où les ONG se concurrencent et rivalisent. C’est aussi un « arène », une même scène où divers acteurs sociaux s’affrontent autour d’enjeux de pouvoir, d’influence, de prestige, de notoriété, de contrôle » (J.O. Sardan Anthropologie et développement, page 59).

Les infra- idéologies du développement concernent la vision des sociétés telles qu’elles sont et telles qu’elles devraient être. La perception des populations paysannes africaines comme « primitives » et « retardées continue de structurer implicitement les représentations de bon nombre d’opérateur du développement (expatriés et nationaux). D’autres modèles appelés stéréotypes (un stéréotype est un cliché, un modèle prêt à être reproduit) sont très répandus chez les opérateurs de développement.

3. Les stéréotypes et leur vérité relative : la paysannerie, la culture, les besoins



 a)      La paysannerie 


La paysannerie africaine est concernée par cinq stéréotypes qui sont :



-         La communauté villageoise consensuelle :


L’Afrique des villages serait le continent du collectif, du consensus. L’individu se fondrait, se dissoudrait dans la communauté, la collectivité. Les pratiques d’intervention en milieu rural, tant étatiques (coopératives, animation rurale, opération de développement, projet à base de groupements villageois) que non gouvernementale s’inspirent couramment de cet a priori. Le modèle de développement communautaire ne fait que reprendre ce qui existait déjà. A voir de près, la réalité est toute autre. La coopérative villageoise, le groupement paysan sont rarement l’expression d’un consensus égalitaire. Ils peuvent constituer tout à la fois un moyen d’ascension d’une nouvelle élite, d’un modèle de préservation du pouvoir des notables locaux que d’un enjeu politique et économique local. Il y a à ce niveau une surestimation des fonctions intégratrices et communautaires des organisations paysannes qui s’accompagne d’une sous-estimation des clivages entre dirigeants et membres au sein de ces organisations ;

-         Le paysan petit entrepreneur individuel :

C’est le stéréotype du paysan pilote qui est susceptible d’augmenter, de maximiser les profits quand il bénéficie de l’aide appropriée. C’est le contraire de l’idéologie communautariste. Le paysan africain est décrit comme un investisseur individuel cherchant des gains individuels. Il doit être considéré comme le reste du monde débarrassé de toute illusion communautariste, pas moins rationnel que les autres paysans du monde ;


-         La paysannerie en sa traditionnalité ou le cliché de l’Afrique ancestrale :


Les échecs des entreprises de développement sont expliqués par la tradition. Les superstitions, les coutumes, les mentalités sont invoquées pour expliquer le « retard » des populations paysannes, leurs inerties et leurs résistances face aux opérations de développement. Parfois aussi, les agents de développement sont accusés d’avoir ignoré la traditionnalité, c’est à dire de n’avoir pas assez pris en compte les « facteurs culturels ». On reconnaît que les sociétés locales sont détentrices de savoirs et de cultures riches et complexes. Mais en même temps on tend aussitôt à enfermer ces savoirs et ces cultures dans une vision passéiste. C’est l’exemple de la médecine traditionnelle ;


-         La paysannerie soumise, passive :


On impute le « retard » des campagnes africaines à la domination dont elles sont victimes. Elles subissent le joug de tous les pouvoirs. Si cela est vrai en partie, il ne faut pas oublier les marges de manœuvre dont disposent les paysans, leur capacité d’adaptation, d’improvisation et de résistance passive ou de détournement.


-         La paysannerie rebelle :


C’est l’argumentation contraire à la précédente. Les paysans refuseraient de rentrer dans l’économie moderne. Il y a la prédominance d’un mode production traditionnel nom intégré à l’économie capitaliste. On pourrait avancer que les paysans africains ne sont pas des résistants victorieux face à l’économie mondiale, mais ils ne sont pas non plus vaincus. C’est l’exemple du boycott de la culture du coton au Mali en 2OO1 et des producteurs africains de coton au sommet de Cancun (Mexique) en juin 2OO3.

A l’analyse nous pouvons dire que chacun des stéréotypes évoqués plus haut ont leur vérité : les paysans sont parfois consensuels, parfois entrepreneurs, parfois traditionalistes, parfois soumis, parfois rebelles. Il faudrait s’abstenir d’une généralisation abusive. Il existe dans le milieu paysan une diversité de stratégies économiques et sociales.


b) L’exemple de la culture :   


En plus des stéréotypes déjà étudiés, la culture est l’un des clichés le plus souvent invoqués. Le concept de culture sert d’explication au « retard » d’une part et d’autre part comme force capable d’impulser le développement. Il faut signaler à cet effet l’émergence au Mali du Mouvement culturaliste N’Ko d’inspiration mandingue qui pense que l’exhumation des valeurs culturelles du passé est la clé du développement.


 c) L’exemple du besoin : 


On pourrait classer le concept de besoin parmi les stéréotypes les plus courants. Ce terme se veut objectif voire scientifique. Le développement doit se faire pour satisfaire les besoins des populations, selon leurs intérêts. C’est aux populations de définir elles-mêmes ses besoins et non quelqu’un d’autre à leur place, d’où l’idéologie que le développement doit être fondé sur l’expression des besoins des populations.


Il est important à ce niveau de se poser la question qu’est ce qu’un besoin, qui définit les besoins, comment s’exprime les besoins ? Il y aurait – il des besoins objectifs communs à toute une population ? La procédure d’identification ne dépend elle pas de l’offre offerte par les opérateurs de développement ? Qu’est ce qu’une population ? Qui parle en son nom ? Qui prétend la représenter ?

C’est en posant ces questions que l’anthropologie du développement et du changement social définit son terrain d’investigation et prend sa distance avec les idéologies du développement.

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09 Nov 2007

LA DOMINATION ECONOMIQUE ET LA DEPENDANCE


Seydou Keïta, Doctorant en Anthropologie du Changement Social et du Développement (ISFRA),



Assistant de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST),



Chargé de cours à l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux (INFTS),



03 BP 62, Bamako 03 ; Tél. (223) 221 90 85, (223) 638 92 55,


Email : seydml@yahoo.fr ou seydouster@gmail.com    

Avertissement
 


Ces cours de Sociologie du développement sont destinés uniquement aux étudiants de la 2ème année, option Développement Social de l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux conformément au programme officiel. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune édition, duplication ou tout autre procédé de multiplication et de divulgation sans l’avis du professeur.


  
COURS N° 2



LA DOMINATION ECONOMIQUE ET LA DEPENDANCE

  

1. La domination économique


Le processus global de développement des pays sous développés se heurte à de nombreux obstacles qui ont en grande partie un caractère transnational. Dans le domaine économique, ces obstacles proviennent des formes persistantes de domination et de dépendance des relations commerciales inéquitables et des restrictions imposés de l’extérieur au droit de toute nation à exercer sa pleine souveraineté sur ses ressources nationales. On a ainsi pu dire que le sous-développement était « la résultante de l’immersion d’une société et de son économie dans une monde dont les structures les condamnent à une condition subordonnée et à la stagnation ou au déséquilibre interne ».

Selon les statistiques du PNUD (1998), on assiste depuis 20 ans à une croissance exponentielle des inégalités.

En 1960, les 20 % les plus riches possédaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres. En 1995, ce chiffre est passé à 82 fois. Pourtant, la satisfaction des besoins essentiels de l’ensemble des populations des pays en développement (nourriture, eau potable, infrastructure sanitaires, éducation et santé) est estimé à 40 milliards de dollars par an, soit 4% de la richesse cumulée des 225 plus grosses fortunes mondiales (Fantu Cheru, Expert indépendant de la Banque Mondiale)

C’est le développement du capitalisme dans la deuxième moitié du 19ème siècle qui a abouti à l’impérialisme, politique extérieure de puissance et de domination d’un Etat sur un autre et par conséquent d’une économie sur une autre.

L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée, la domination des monopoles et de capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes (Lénine : l’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Editions du progrès, 1971). Le capital financier signifie l’interpénétration du grand capital industriel et bancaire. Le partage économique du monde entre les grandes puissances correspond au partage des marchés, celui-ci accompagne le partage colonial de la terre.

Selon Samin, Amin, la domination économique s’exprime dans les formes de la spécialisation internationale (les structures du commerce mondial dans lesquelles le centre façonne la périphérie selon ses besoins) et dans la dépendance des structures de financement. La colonisation directe a presque disparu depuis les années 60, mais une colonisation plus pernicieuse a pris sa place : la colonisation économique. Aujourd’hui, les instruments et les structures de cette colonisation en sont principalement la Banque Mondiale, le FMI et leurs programmes d’ajustements structurels, le système d’endettement à perpétuité, le secret sur les technologies industrielles et agricoles, les termes inégaux de l’échange, les activités et méthodes de travail des sociétés transnationales et plus récemment, les accords de l’ OMC. La dictature économique ainsi établie conduit à un transfert massif des ressources du Sud vers le Nord.

Loin de régler les problèmes économiques et de conduire à des processus de développement, les programmes d’ajustement structurel nuisent à des économies déjà fragiles. Aujourd’hui, les sociétés transnationales se constituent en oligopoles et se révèlent les redoutables prédateurs des petites et moyennes entreprises. En poussant à la privatisation et à la libéralisation, la Banque Mondiale et le FMI encouragent le rachat de l’économie nationale des pays du Sud par de gigantesques groupes financiers internationaux. Beaucoup de pays ont été mis sous la tutelle des organisations financières interntionales et ont ainsi progressivement perdu une très grande partie de leur souveraineté politique.

 2 La dépendance 


Une économie est dépendante si elle subit les conséquences des mouvements et des politiques émanant des autres pays. Cette dépendance peut prendre des formes et des intensités variées. La dépendance peut être économique, mais aussi culturelle : emprise des firmes étrangères, dépendance commerciales, cadres et formation des élites liées aux pôles dominants, films, musiques, informations contrôlées de l’extérieur.


 


Selon un consensus désormais admis, l’Afrique subsaharienne est caractérisée par une excessive dépendance à l’aide. La dépendance vis à vis de l’aide est une notion pouvant présenter plusieurs significations. Elle peut être ramenée à des indicateurs (part de l’aide dans le PIB ou encore aux modes, mécanismes et conditionnalités selon lesquels l’aide est fournie. La forme de la dépendance diffère en premier plan selon les bailleurs de fonds et leurs instruments, en second selon les Etats qui en Afrique subsahariennes sont relativement hétérogènes économiquement et politiquement et qui entretiennent des modes différents de relations à l’aide et aux agences extérieures.


 


La dépendance se manifeste de plus en plus souvent par le rapport des biens produits exportés et des biens importés. D’après les données de la Banque Mondiale (1996) l’Afrique subsaharienne est la région du monde la plus dépendance envers l’aide. Il faut remarquer en outre que l’économie des pays africains est largement dépendante des produits primaires ou de l’extraction des ressources naturelles, qui sont généralement exportés sans traitement. C’est l’exemple du coton produit par les agriculteurs du Mali.


La dépendance de l’Afrique à l’égard de l’agriculture pluviale signifie que la production est vulnérable aux fluctuations climatiques qui peuvent gravement affecter la sécurité alimentaire et humaine, ainsi que les exportations.

La dépendance peut être aussi monétaire. La domination politique, économique et militaire incontesté de la France sur ses anciennes colonies d’Afrique Noire est enracinée dans une devise de francs CFA.

Crée en 1948 pour permettre à la Franec de contrôler le destin de ses colonies, 14 pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazza, Gabon, Guinée Equatoriale, Guinée Bissau, Tchad) ont maintenu la zone franc même après qu’ils aient obtenu leur indépendance des décennies auparavant. En échange de la garantie française de la convertibilité du franc CFA, ces pays ont consenti à déposer 65% de leurs réserves de devises étrangères sur un compte spécial du ministère des finances français et ont accordé à la France un droit de veto sur la politique monétaire de la zone franc chaque fois que ce compte serait trop à découvert ainsi, le partenariat conclu entre la France et ses anciennes colonies africaines s’est finalement soldé par un déséquilibre spectaculaire.

La France a obtenu un vaste marché pour ses produits, une réserve constante de matières premières à bon marché, le rapatriement de la part du lion qu’elle s’est taillée sur les économies locales, une influence politique incomparable, une présence stratégique importante avec ses bases militaires occupées à titre gracieux et la certitude qu’elle peut compter sur le soutien diplomatique de ses alliés africains. Mais pour les africains, le partenariat a signifié une performance commerciale faible, une somme d’argent restreinte et des taux d’intérêts élevés.

Une fuite massive de capitaux et des montagnes de dettes dont le remboursement empêche tout investissement supplémentaire dans les domaines de l’éducation de la formation, de la santé, de la production alimentaire du logement et de l’industrie. « Pour que l’Afrique française puisse se développer, la zone franc doit être démantelée. La naissance de l’euro a offert à ces anciennes colonies une chance de se libérer de l’étreinte étouffante de la France. Ils ne l’ont pas saisie. Au lieu de cela, ils ont fixé leur devise sur l’euro et non plus sur le franc CFA, tout en gardant les mêmes règles, les mêmes institutions et les mêmes modes de fonctionnement. Cette décision aura certainement des conséquences tragiques pour les citoyens de l’Afrique francophones ». (Sanou M’Baye, Economiste Sénégalais à la Banque Africaine de développement, le journal de l’Economie, Dakar, 12 janvier 2004).

L’économie africaine subsaharienne demeure maintenue dans la dépendance. Le cercle vicieux de l’endettement extérieur des Etats sert de justification aux politiques dites « d’ajustement structurel », c’est à dire de la privatisation bradée des entreprises d’Etat les plus rentables pour le capital international, du désengagement économique de l’Etat, de la libération des marchés au profit des multinationales et aux dépend des petits producteurs locaux. Ces politiques ne font qu’accroître la paupérisation en milieu rural agricole, désormais dépourvu de l’aide des offices étatiques, plus exposés à la baisse des produits de base sur le marché mondial. Elles conduisent à la détérioration accentuée des termes de l’échange, induite par la priorité à l’exportation imposée par les « ajustements structurels » à tous les pays dépendants.
3. L’histoire du franc CFA
 


Le franc CFA est la monnaie commune des 14 pays africains membres de la zone francs. Il s’agit d’une part des pays de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) : Bénin, Burkina Faso, Cote d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Leur institut d’émission est la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et d’autre part des pays de la communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale : Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazza, Gabon, guinée 2quatoriale et Tchad. Leur institut d’émission est la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale).


Le franc CFA est né le 26 décembre 1945. Il signifiait alors «  Francs des Colonies Françaises d’Afrique ». En 1958, il devient « Franc de la Communauté Française d’Afrique ». Aujourd’hui, l’appellation signifie « Franc de la Communauté Financière d’Afrique » pour les pays de l’ UEMOA et « Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale pour ceux de la zone BEAC (JA/L ’intelligent n°2243 du 4 au 10 janvier 2004 P.73).

Le 11 janvier 1994 le franc perdait 50 % de sa valeur. Les experts restent encore partagés sur le bien fondé de cette mesure. La surévaluation du franc CFA était estimée à 35 % en moyenne à la fin de 1993. Il fallait, selon les experts, dévaluer la monnaie de 50 % pour rétablir la compétitivité économique de la zone. Douze ans après, le scénario se répète : à cause de la baisse mondiale du dollar américain, le (nouveau) FCFA a vu sa valeur augmenter de 36 % par rapport au billet vert : 1000 FCFA rapportent actuellement 2 dollars, autant qu’en 1994 après la dévaluation. La hausse du franc CFA réduit le service de la dette libellé en dollars et la facture des achats effectués dans cette monnaie, mais elle réduit aussi les recettes d’exportation en dollars (qui est le cas de toutes les matières premières).

 


Comme les coûts de production augmentent parce que la monnaie et les relations avec la zone euro sont fortes, la compétitivité de la zone franc se détériore. Un exemple pour les touristes américains qui paient en dollars, le coût d’un séjour au Sénégal ou au Mali revient aujourd’hui 35 % plus cher qu’en 2002. Bref cela n’est pas à améliorer le niveau de vie en zone CFA.


 Une autre dévaluation semble s’annoncer car les raisons qui prévalaient à la dévaluation en 1994 existent avec l’arrimage du CFA à l’Euro qui est une monnaie forte.
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09 Nov 2007

LA SOCIOLOGIE DU DEVELOPPEMENT


Seydou Keïta, Doctorant en Anthropologie du Changement Social et du Développement (ISFRA),



Assistant de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST),



Chargé de cours à l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux (INFTS),



03 BP 62, Bamako 03 ; Tél. (223) 221 90 85, (223) 638 92 55,


Email : seydml@yahoo.fr ou seydouster@gmail.com   
 

SOCIOLOGIE DU DEVELOPPEMENT
  

Avertissement
 


Ces cours de Sociologie du développement sont destinés uniquement aux étudiants de la 2ème année, option Développement Social de l’Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux conformément au programme officiel. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune édition, duplication ou tout autre procédé de multiplication et de divulgation sans l’avis du professeur.


  COURS N° 1  

LA SOCIOLOGIE DU DEVELOPPEMENT 

Introduction
 


La sociologie du développement se questionne sur les processus de développement sociaux économiques et elle les place dans le cadre de ses impacts sur la société (communauté, village, pays ou région).


 


La sociologie du développement est placée entre les oppositions suivantes :



-         établir des remèdes, faire des analyses,



-         critiquer le développement, en faire sa promotion.


 


Qu’elle soit critique ou qu’elle fasse la promotion le champ de la sociologie qui étudie le développement pose les questions suivantes et tâche d’y répondre :



-         Comment le développement a-t-il lieu ?



-         Pourquoi le développement a-t-il lieu ?


 


La sociologie du développement répond à ces interrogations en abordant les rapports entre les pays du Nord dits industrialisés et les pays du Sud dits en voie de développement. De cette manière, la sociologie de développement évalue les conséquences résultant des processus de modernisation (mondialisation et rationalisation par exemple) et en particulier ceux responsables de la dépendance des uns (Sud) par rapport aux autres (Nord). Elle est alors critique de la colonisation et de l’impérialisme occidental.


 


Les études en sociologie du développement sont souvent proches d’analyses effectués par des anthropologues quand elles abordent à partir de cas particuliers le développement des communautés locales. Plus récemment, les études en sociologie du développement se sont intéressées à la relation entre dynamiques locales et les enjeux mondiaux. Elles analysent tant les effets de la stratification sociale sur le développement des petits groupes sociaux que des répercutions de l’application de logiques macro sociales. Dans le monde francophone, la sociologie du développement est surtout l’oeuvre de : Georges Balandier, René Dumont, Alain Touraine et de Samir Amin. 


 

1.      Qu’est-ce que le développement ?

 


Pour François Perroux « le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement, son produit réel et global » (L’Economie du 20ème Siècle PUF, 1962). Ainsi le développement est un faisceau de transformations qui modifie les comportements, intègre les progrès des connaissances, l’amélioration des qualifications, le savoir-faire industriel, modifie les anticipations dans le sens d’une accumulation. Le développement, c’est aussi une mutation sectorielle repérable par des coefficients : part du secteur industriel, capital employé par travailleur, valeur ajouté par salarié, nombre d’ordinateur par habitant.


 


Le développement est aussi repérable par des indicateurs sociaux : nombre de médecin par habitant, taux d’alphabétisation, nombre d’étudiants, pourcentage des brevets déposés, nombre de chercheurs etc.


 


Le développement est donc un phénomène d’accumulation, largement inversible et séculaire. Le développement est  inséparable du sous développement.


 a)      Le sous-développement 


Le concept de sous-développement a été largement utilisé après la seconde guerre mondiale pour désigner les pays pauvres par opposition aux pays riches industrialisés et développés. Il a semblé péjoratif par la suite : l’expression pays sous-développé a alors été remplacée par d’autres (pays en voie de développement, pays dépendants, pays les moins avancés, pays du tiers- monde, pays de la périphérie, pays du sud).


 


Le mot sous-développement insiste de part son libellé sur l’insuffisance d’une situation, son infériorité par rapport à une autre, du point de vue économique, d’où le rejet de ce terme sous-développement.


 


La notion de sous-développement s’est imposée dans les pays occidentaux au début des années 1950 quand ceux-ci réalisent qu’une grande partie de l’humanité (les trois quarts à l’époque) souffre de la pauvreté, de la maladie, de l’analphabétisme et parfois de la faim. Le phénomène n’est pas nouveau mais s’inscrit dans le contexte de la guerre froide. Pour les Etats Unis, il semble indispensable de faire accepter par leurs alliés l’idée d’une aide des pays riches aux pays pauvres pour ne pas favoriser les mouvements communistes en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. Une puissante campagne est lancée sans les médias en 1948-1949, vite relayée par les organisations internationales pour souligner le caractère scandaleux de la misère des pays sous-développés et le caractère périmé des dominations coloniales. Une représentation schématique du monde opposant deux grands groupes de pays se répand alors, les pays développés étant considérés comme entrés les premiers dans le développement et de ce fait, devant assistance aux pays sous-développés.


 b) Les caractéristiques du sous-développement 


En dépit de son origine éminemment politique et se son caractère flou, le concept de sous-développement s’est rapidement imposé car il correspondait d’une certaine façon à la réalité. Les écarts de développement étaient extrêmement forts et en outre, ils paraissaient s’accroître. Dans les années 50 et 60, maints chercheurs de sont donc attachés à le préciser. De nombreux critères descriptifs ont pour cela été proposés. Des critères démographiques ont été avancés : fécondité élevée, mortalité assez forte, population jeune, accroissement rapide. Ensuite des critères économiques : agriculture prédominante mais peu productive, industrialisation faible ou inexistante, importance du chômage et du sous-emploi,, extraversion de l’économie, faiblesse du niveau de vie pour la plus grande partie de la population. Enfin, des critères sociologiques : structure sociales restées archaïques, classes moyennes peu représentées, assujettissement des femmes, travail des enfants.


 


Plusieurs auteurs ont souligné la distorsion existante entre la croissance démographique et la croissance économique, la première étant plus rapide que la seconde. Selon le géographe français Yves Lacoste, le sous-développement se caractérise par « une croissance très forte de la masse des besoins (du fait principalement de la croissance démographique et des divers changements culturels) et d’autre part un moindre accroissement des ressources et des revenus dont dispose effectivement la masse de la population qui se trouve pour une grande part en chômage ».


 


Sur les causes de cette situation les avis divergent. Pour les libéraux, les pays sous-développés présentent du retard mais peuvent s’engager sur la même voie que les pays développés. Pour les marxistes et les tiers-mondistes, c’est la domination de « centre » qu’explique la pauvreté de la « périphérie » (Samir Amin et Gunder Frank, 1978). Le fait que certains pays du Sud aient réussi leur décollage économique dans les années 70 semble donner raison aux premiers mais, on ne peut pas nier qu’il existe encore des phénomènes de domination. L’importance du facteur démographique a été sous-estimée par les uns et les autres. C’est l’accroissement rapide de la population, à partir de 1940, qui a provoqué le déséquilibre entre population et ressources. C’est la décélération de la croissance démographique, dans les années 1980, qui a amélioré la situation dans nombre de ces pays.


 c) Diversité des pays sous-développés 


Les études sur le sous-développement ont souvent donné des pays concernés une image uniforme qui ne correspond en aucune manière à la réalité. La ligne de séparation entre pays développés et sous-développé proposée initialement n’est pas valable. Certains pays ex-communistes sont classés indûment parmi les premiers alors qu’ils ne sont vraiment pas développés (Albanie, républiques de l’Asie Centrale). Divers pays, en revanche sont devenus authentiquement industriels : Singapour, Hong kong, Taiwan, Corée du Sud, Thaïlande. Divers pays pétroliers n’ont plus les traits économiques des pays sous-développés. Ils ont un niveau de vie assez élevé et une croissance économique forte, même s’ils conservent certains archaïsmes.


 La diversité des pays africains, asiatiques et latino-américains est très grande. Ainsi le PNB/habitant en 1995 y varie de moins de 200 dollars US à plus de 10 000dollars. Le concept de sous-développement a eu une certaine utilité comme représentation simplifiée du monde.


2) Le développement comme processus et résultats

 
a)      Les indicateurs du développement 


Toutes les sociétés se développent, mais chacune à son rythme. Une société ne peut être considérée comme sous-développée que par rapport à la norme des pays considérés comme développés. Le concept de développement contient ainsi l’idée de croissance, mais la dépasse. Il se réfère à l’évolution positive d’un ensemble complexe et renvoie aux transformations des structures économiques qui se réalisent parallèlement à l’expansion de la productivité. Il met au premier plan l’idée de niveau de vie et de bien-être. Le niveau de vie est évalué à partir du revenu par habitant. Celui-ci peut être exprimé en monnaie locale on en une monnaie internationale comme dollar. Dans le deux cas son analyse nécessite une prise en considération de la progression d u pouvoir d’achat du revenu national.



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Pour effectuer des comparaisons internationales pertinentes, on calcule le pouvoir d’achat de l’unité monétaire de référence pour chaque pays (parité du pouvoir d’achat) et l’on exprime le revenu par habitat en dollars. Mais le revenu par habitant ne suffit pas à lui seul à déterminer la dynamique de développement. Des informations quantitatives fournies par des indicateurs de structure économiques, comme la part de l’industrie dans le PIB, le taux de salarisation de la population active, le taux d’ouverture de l’économie ou le structure de la répartition des revenus sont indispensables pour mener une analyse satisfaisante du développement. Sinon le développement est vite réduit à la croissance du PIB.


           Le produit intérieur brut (PIB) 


Le PIB est l’ensemble des biens et services produits sur le territoire d’un pays donné au cours d’une année donnée, quelle que soit la nationalités des producteurs. Il est égal à la somme de toutes les valeurs ajoutées. Selon les économistes, le volume et l’évolution du PIB reflètent l’état de santé de l’économie. Ainsi lorsque le PIB est important, l’économie est forte et lorsqu’il augmente l’économie s’améliore, à tel point que croissance économique et croissance du PIB sont synonymes. Une diminution du PIB correspond à une récession.


            Le produit national brut (PNB) 


Le PNB, produit national brut, est la valeur totale de la production finale de biens et services des acteurs économiques d’un pays donnée au cours un année donnée. A la différence du PIB, le PNB inclut les revenus nets provenant de l’étranger c’est à dire le rendement sur les investissements faits à l’étranger moins le rendement sur les investissements étrangers faits dans le pays. Le PNB est national parce qu’il reflète la valeur ajoutée produite par les résidents du pays en question, mais il n’est pas intérieur parce qu’une partie de cette valeur ajoutée est produite à l’étranger.


 L’indicateur du développement humain (IDH) 


L’IDH fut instauré pour pallier certaines lacunes du PIB par habitant. Le dernier faut longtemps utilisé jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il ne constituait pas un indicateur représentatif du bien-être atteint par une population car omettant des facteurs sociaux tels que la mortalité infantile et l’alphabétisation pour ne tenir compte que du capital monétaire.


 


Les éléments retenus par l’IDH sont :


 


-         l’espérance de vie à la naissance,



-         le niveau d’instruction incluant le taux d’alphabétisation des adultes et le taux de scolarité global,



-         le revenu.



 b)      La pauvreté 


La pauvreté est l’état dans lequel e trouvent les personnes, groupes de personnes ou région du monde, qui disposent de peu e ressources et plus particulièrement des ressources financières, c’est à dire d’argent. Pauvres désignent les personnes qui vivent dans la pauvreté.



On considère généralement, comme pauvre les habitants qui disposent de moins de deux dollars par jour et extrêmement pauvres ceux qui possèdent moins d’un dollar par jour. Selon l a Banque Mondiale, 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour et 1,2 milliards de personnes disposent de moins d’un dollar par jour (2003).


 Un pays est considéré comme pauvre lorsque le revenu moyen par habitant est très bas. Le revenu par habitant correspond au PIB par habitant. De nombreux pays classés comme pauvres sont situées en Afrique. Les personnes pauvres connaissent généralement des conditions de vie plus difficiles. Elles ont moins facilement accès aux soins de santé, à l’enseignement et parfois frappés par la famine. 
   DEFINITION DE LA PAUVRETE 

La pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui ne peut se résumer à une définition ou un concept unique. Trois principales formes de pauvreté peuvent être distinguées : 
 
-          la pauvreté de conditions de vie qui se traduit par une situation de manque dans les domaines relatifs à l’alimentation, l’éducation, la santé, le logement, etc. ;
-          la pauvreté monétaire ou de revenu qui exprime une insuffisance de ressources engendrant, notamment, une consommation insuffisante ; -          la pauvreté de potentialité caractérisée par le manque de capital (accès à la terre, aux équipements, au crédit, à l’emploi, le manque de main-d’oeuvre, etc.).  L’enquête malienne d’évaluation de la pauvreté réalisée en 2001-2002 s’est intéressée à la première forme, la pauvreté de conditions de vie.

Indicateurs
 

La pauvreté est appréciée à partir d’une ligne de démarcation appelée seuil de pauvreté. Ce seuil de pauvreté est défini à partir d’un indice de ciblage ou « score de pauvreté » (Is) qui tient compte de l’existence dans la localité d’infrastructures d’éducation, de santé, d’eau potable, de sécurité alimentaire. Ce score est de 20 si l’ensemble de ces services sont accessibles. Les localités sont considérées « pauvres » si le score est inférieur à 10, et « très pauvres » si le score est inférieur à 5 (encadré 1).
 Partant de ce seuil de pauvreté, deux indicateurs ont été retenus pour définir le degré de la pauvreté au Mali :  L’incidence de la pauvreté, également dénommé indice numérique de la pauvreté ou taux de pauvreté d’une région ou d’un pays est la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.  

La profondeur de la pauvreté ou intensité de la pauvreté  est l’indice volumétrique de la pauvreté exprimé en pourcentage du seuil de la pauvreté. Il exprime l’effort qu’une localité doit fournir pour quitter son niveau de pauvreté et atteindre le seuil de pauvreté de 10. Par exemple la profondeur de la pauvreté d’une localité qui aurait un niveau de pauvreté de 6, serait de (10-6)/10 soit 40 %.

 
Le seuil de pauvreté 

La pauvreté possède de multiples dimensions. Elle se caractérise entre autres par le besoin de prestations élémentaires de santé, d'éducation de base, d'accès à l'eau potable ainsi qu'à d'autres services essentiels qui doivent être fournis par la communauté afin d'empêcher les individus de sombrer dans un état de dénuement. Á partir de ce concept, l’incidence et la profondeur de la pauvreté peuvent être déterminées à partir des informations relevées sur les infrastructures socio-économiques.
La méthodologie repose sur un indicateur (Is) appelé « score de pauvreté» qui varie de 0 à 20. Les types d’infrastructures retenues pour l’élaboration de l’Is sont : d’éducation (1er et 2nd cycles de l’école fondamentale, centre d’alphabétisation), de santé (hôpital, dispensaire, pédiatrie maternelle et infantile, maternité, centre de santé communautaire), d’accès à l’eau potable (forage, puits moderne à grand diamètre), de sécurité alimentaire et de revenu (banque de céréale, caisse villageoise). L’Is d’un village est la somme des scores partiels présentés dans le tableau ci-après. L’Is d’une région est la moyenne des scores des villages qui la composent.  
Scores partiels par type d’infrastructures Type d’infrastructures 0 km 0 à 5 km Plus de 5 km Observations
Éducation Premier cycle Second cycle Centre d’alphab. Santé Hôpital Dispensaire PMI Maternité CSCOM Eau potable Forage Puits moderne Sécurité aliment. Banque de céréale Revenu Caisse villageoise 3.0 1.0 2.0 4.0 1.0 1.0 1.0 3.0 2.5 3.0 0.5 1.0 1.5 0.5 0.0 2.0 0.5 0.5 0.5 1.5 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 0.0 Si une localité dispose d’un dispensaire, d’une PMI, d’une maternité, alors le CSCOM n’est pas noté et inversement
Total 20.0
 


BIBLIOGRAPHIE



Banque Mondiale, 1998-1999. Le savoir au service du développement, Rapport sur le développement dans le monde, Washington, Editions Eska.



Banque Mondiale, 2002. Des institutions pour les marchés, Rapport sur le développement dans le monde, Washington, Editions Eska.



Banque Mondiale, 2005. Un meilleur climat de l’investissement pour tous, Rapport sur le développement dans le monde, Washington, Editions de boeck.



Banque Mondiale, 2006. Equité et développement, Rapport sur le développement dans le monde, Washington, Editions Eska.



Natacha Wilbeaux, 2003. Les nouveaux cadres de lutte contre la pauvreté, in La pauvreté en “Référence”, Rapport de Recherche - Etude, hors série n° 6, avril 2003.



Yves Lacoste, 1965. Géographie du sous-développement, Paris, Presses Universitaires de France, 1965, Huit éditions différentes - Ouvrage traduit en quinze langues.


UNESCO, 2007. Education et protection de la petite enfance, Rapport mondial sur l’Education pour tous (EPT), Paris, Editions UNESCO.
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06 Nov 2007